Inspiration 04/2016 fr

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Expert 36 UN COACH POUR

Expert 36 UN COACH POUR LA VIE Urs Stöcker, longtemps coach national du team élite d’escalade, a réalisé un travail remarquable lors des Championnats du monde de Paris. Ce coach originaire de Coire n’avait absolument pas prévu de faire une carrière d’entraîneur : il aurait tout aussi bien pu devenir scientifique ou alpiniste professionnel. Temps fort des Championnats du monde d’escalade de Paris : dans le vénérable Palais Omnisports de Paris-Bercy – où les spectateurs ont l’habitude d’acclamer Roger Federer ou les Rolling Stones – les projecteurs et dix mille paires d’yeux se sont soudain tournés vers Petra Klingler. Accrochée à la paroi, elle riait, s’émerveillant que les orteils de son pied gauche, accrochés à une minuscule réglette, l’aient préservée d’une chute lors du bloc final. Peu après : elle sort de la voie et les larmes de joie l’envahissent. Petra Klinger a remporté la médaille d’or en bloc. Urs Stöcker a entraîné Petra Klingler pendant dix ans, lui fournissant une « fabuleuse base », comme elle le confie plus tard au SAC / davidschweizer.ch CAS. Il sacrifiait même sa pause de midi pour s’entraîner avec elle. Et bien que Kevin Hemund lui ait succédé un an et demi avant Paris, Petra n’oublie pas son ancien coach : « Ça compte beaucoup pour moi qu’Urs se soit autant investi à l’époque », déclare la championne du monde peu après sa victoire. Il est évident qu’Urs Stöcker, originaire de Coire et âgé de 40 ans, a contribué à l’évolution de l’escalade suisse. Il supervise le cadre régional de Zurich depuis 2003 et le cadre national depuis huit ans. Il a longtemps exercé une activité accessoire de développeur de logiciels. Mais lorsque cet ancien entraîneur de l’élite a quitté le service en 2014, sa nomination de coach national à titre professionnel était une « étape logique », comme il le dit lui-même. Pourtant, la carrière de Stöcker aurait pu se dérouler tout à fait autrement. Après plusieurs expéditions réussies au Pakistan (en 2001 avec Thomas Huber et Iwan Wolf sur l’Ogre) et en Inde (en 2003 avec Simon Anthamatten et Rainer Treppte sur le Bhagirathi III), il a envisagé de se lancer comme alpiniste professionnel. Au même moment, il a commencé une formation d’entraîneur professionnel. Faire les deux était trop exigeant. « Je ne pouvais plus me préparer correctement aux expéditions. C’était l’un ou l’autre. J’ai alors choisi le certificat d’entraîneur. » Stöcker, qui a remporté le titre de champion d’escalade des Grisons en 1996 et grimpe encore jusqu’au 8a, se demande encore aujourd’hui s’il a pris la bonne décision. Il a une multitude de projets et d’idées en tête. Ce qui lui manque, c’est du temps. « Bien sûr, on ne peut jamais savoir. Mais je pense que c’est bien ainsi pour l’instant. » Qu’est-ce qui fait que la méthode de Stöcker fonctionne ? Il donne cinq séances par semaine en salle au cadre régional et deux séances au cadre national. En outre, il axe très précisément le planning annuel et les sites d’entraînement sur les compétitions à titre : « Comme je connais bien les constructeurs de voies des championnats du monde et leur style, je peux ajouter davantage de jetés latéraux, de dalles techniques ou de départs difficiles à l’entraînement. » Pour booster la motivation de son équipe en vue des Championnats du monde de Paris, Stöcker a invité l’ancien champion du monde et coach d’escalade Patxi Usobiaga à Zurich. « Patxi a raconté de quelle manière il s’entraînait autrefois et comment il coache Adam Ondra – une ultime impulsion pour les athlètes. » Si Stöcker sait lui aussi fournir à ses athlètes de telles impulsions, c’est grâce à sa carrière de scientifique. Il a rédigé une thèse sur la mécanique musculaire théorique à l’EPF de Zurich : les myofibrilles sont sa spécialité. Il a en outre publié des articles sur les prises d’escalade instrumentées, a donné des conférences de biomécanique et a récemment dirigé le Cybathlon de l’EPF de Zurich. La physique et la grimpe : Stöcker cultive ces deux passions. Lorsqu’il était étudiant, il envoyait des cartes postales à ses professeurs depuis son camp de base sur l’Ogre pour les remercier de l’avoir dispensé des examens. Minutie scientifique, flair pour les interactions entre la tête et le corps, si importantes en escalade, et courage de combattre les problèmes à leur racine : voilà comment décrire l’approche du coach national en quelques mots. « Les juniors suisses ont toujours été bons et ont remporté de nombreux titres de champions du monde et d’Europe. Mais il semble que le passage dans l’élite n’ait pas fonctionné. Nous nous sommes intéressés à ce problème. » Le système suisse de promotion de la jeunesse avec des entraîneurs personnels dure jusqu’à l’âge de 20 ans. Au-delà, il faut faire partie de l’association. « Nous avons investi dans la jeunesse. Ce serait dommage que tout s’effondre. » Stöcker ne se contente pas d’enseigner l’endurance de force et la technique des pieds. Il fait aussi ce qu’il appelle « un coaching de vie » : quelle direction prennent les études ? Comment concilier entraînement et vie professionnelle sans que la charge de travail ne devienne trop lourde après la maturité ? « J’ai le sentiment que nos efforts ont commencé à porter leurs fruits cette année, déclare-t-il. Outre Petra Klingler, de jeunes athlètes prometteurs ont réussi la transition vers l’élite : Baptiste Ometz en bloc, Sascha Lehmann, Alina Ring, Anne-Sophie Koller en difficulté, mais aussi Jara Späte, Beni Blaser et Andrea Kümin. » Parmi eux, on trouve des athlètes que Bächli Sports de montagne soutient depuis des années et qui pourraient être sélectionnés pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020, où l’escalade fera son apparition. Comme le classement combiné de difficulté, de vitesse et de bloc – disciplines habituellement autonomes – ne peut accueillir que 20 hommes et 20 femmes, la sélection des athlètes ne sera pas chose facile… Stöcker exigera sans doute ce que prône sa devise diffusée sur un réseau social : « Droit au but avec zèle et élégance ». TEXTE : THOMAS EBERT

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